elisabeth moss 2019

À l’affiche de trois films cette année – un second rôle dans Us, Her Smell et Les Baronnes – avec des succès variables, Elisabeth Moss devait confirmer son statut de star avec la troisième saison de La Servante Écarlate. Mais quelque chose semble clocher… Pas assez belle ? Pas assez charismatique ? Ou trop axée télévision ?

Incarnation de l’hystérie ?

En deux saisons chez Jane Campion pour Top of the lake, Elisabeth Moss continuait de tracer son sillon télévisuel. En effet, débutant dans la série À la Maison Blanche puis enchaînant avec Mad Men, elle ne lui manquait qu’un premier rôle. C’est chose faite, en jouant la détective australienne Robin Griffin, spécialisée dans les affaires de mœurs, elle-même victime de viol à l’adolescence. Elle tomba d’ailleurs enceinte et proposera son enfant en adoption. Devenue flic à fleur de peau, le cadre de nature sauvage (rivière, forêt, rocheuses…) de son enquête, une fille de 12 ans enceinte a disparu, la montre systématiquement à la limite de l’explosion ou l’implosion. Pour la seconde saison, le cadre sera plus urbain, une femme typée asiatique morte est découverte dans une valise aux abords de la plage de Sydney. Et dans cette grande ville, Robin Griffin découvre que sa fille biologique est une adolescente en crise, dont les parents sont séparés et elle est en couple avec un homme toxique de 40 ans et c’est un euphémisme. Jane Campion construit alors pour son héroïne, une communauté de femmes (dont Nicole Kidman, dans un second rôle brillant dans la seconde saison) qui lui permettront de se questionner profondément : l’accomplissement d’une femme passe-t-elle forcément par la maternité ? Et si une femme ne peut avoir d’enfant, est-elle forcément incomplète ? D’autant que l’Australie, « pays de putes et de bagnards » a légalisé la prostitution et la gestation pour autrui. Par conséquent, on note les péripatéticiennes comme on noterait un chauffeur uber, on donne des visas d’étudiant aux mères porteuses et des femmes sont prêtes à se coltiner un faux-ventre pendant 6 mois pour faire croire à leur entourage qu’elles sont réellement enceintes. Il est donc évident que le cheminement psychologique féminin peut révéler un certain trouble, pour ne pas dire un déséquilibre (crier à la nuit…). Néanmoins le résultat a quelque chose de bancal, car il y a toujours un homme comme solution pour Robin… Mais qui ne résoudra pas le problème…

Incarnation de la névrose ?

Dernier phénomène télévisuel américain, La servante écarlate est l’adaption du roman dystopique de Margaret Atwood, sur la nouvelle plate-forme vidéo Hulu. Dans un monde où le problème écologique a fait fortement baissé le taux de fécondité mondiale, l’Amérique s’est disloquée en se transformant partiellement en République de Gilead, appliquant de façon fanatique les écrits religieux. Les femmes sont ainsi réparties en trois catégories : les Epouses réservées à la mondanité et la bienséance en société, les Marthas réservées à l’entretien de la maison et les Servantes réservées pour la fertilité. Elizabeth Moss joue un personnage de la troisième catégorie, anciennement June, elle se fait appeler dorénavant « DeFred », en référence au prénom de l’époux de la maison. C’est un univers totalitaire, fasciste où tout semble dirigé contre les femmes mais aussi avec leur partielle accord, celles qui ont accepté de se soumettre au nom d’une cause qui soit-disant les dépasserait. De là, une voix off, entre flashback (vraie-fausse nostalgie du monde d’avant ?) et volonté d’agir dans le présent. Le personnage, est tour à tour, à en donner le tournis, abattue puis révoltée, desespérée ensuite drôle, romantique puis angoissée. Cela devient intenable dans la troisième saison car il n’y a plus la base du livre dont la fin correspond à la fin de la saison 2. Néanmoins, on assiste souvent à des petites victoires, notamment la solidarité féminine (dernier épisode de la saison 1) où les négociations réussies de l’héroïne dans ce système hostile. Mais formellent, les séquences étirées où rien ne se passe (une scène de cinq minutes pour prendre un livre et le donner au chef de maison…), les gros plans de visages renfermés, les ralentis quand les personnages marchent et cette impression que le pire est toujours à venir peuvent épuiser un spectateur ou l’ennuyer au plus profond.

Alors rendez-vous l’année prochaine ?

Si la télévision lui permet ses meilleurs rôles, Elisabeth Moss reste bankable pour le cinéma, trois films sortiront en 2020. De plus, son appartenance à l’Eglise de Scientologie lui gardera toujours une place à Hollywood (…). Il faut quand même reconnaître que ces dernières années, aucune actrice a résumé autant les problématiques que vit une femme dans ce monde postmoderne : vie professionnelle, vie personnelle et engagement voire militantisme.

Popo Kitano

Crédits Photographies : Elly Dassas/Hulu

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