parasite critique

À l’approche de l’anniversaire du mouvement social le plus important sous le mandat d’Emmanuel Macron, plusieurs œuvres ont voulu faire écho au phénomène. Il y a d’abord eu des chansons, originales ou pastiches, puis le documentaire tourné en vitesse et en urgence de François Ruffin J’veux du soleil. Puis Joker réalisé par Todd Phillips (évoqué ici) semblait remporter tous les lauriers. Mais pour Batard Baroque Blog, c’est la dernière Palme d’Or obtenu par Bong Joon-ho avec le long-métrage Parasite… Distribué par la société The Jokers…

Salaud de pauvres

Ki-taek est un père au chômage, comme sa femme et ses deux enfants. Le peu de revenus leur provienne des montages de boîte de pizzas. Mais un jour, un ancien camarade de classe offre une opportunité au fils, Ki-woo : donner des cours d’anglais à l’aînée de la famille richissime Park. De là, il imagine un stratagème avec sa sœur pour faire engager toute leur famille, sa sœur en tant que professeure d’art pour le cadet (elle-même n’a pas fini les beaux-arts). Pour les deux parents, il s’agit de virer le chauffeur et la gouvernante actuels. Tous les moyens sont bons, quand on n’a justement pas de moyens, une stratégie de la débrouille (pour ne pas dire de la survie) comme scénario même si cela amène à écarter des gens qui leur ressemblent (les employés qui seront virés) et à duper leur nouvel employeur. Au premier abord, c’est une confrontation entre la ruse des pauvres face à la crédulité voire la naïveté des riches. Les pauvres ont donc le mauvais rôle ?

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La maison, symbole du système

En même temps quand on vit dans une cave qui a été réaménagé en habitat, où on assiste une fois par semaine, à un ivrogne pissant au niveau de la fenêtre, on peut facilement s’enivrer d’une maison avec étage et jardin. Mais cette maison est celle des Park, signifiant leur richesse, leur pouvoir et leur intimité. En effet, seuls Ki-wook et sa sœur Ki-jung ont accès à l’étage, l’un commençant une relation avec l’aînée, l’autre essayant de canaliser le cadet. Ce qui permet d’avoir accès à des informations ou même d’épier les parents au rez-de-chaussée. D’ailleurs, Ki-taek, pour faire embaucher sa femme, acquiert la confiance de Madame Park en montant à l’étage et lui tenant la main ce qui déstabilise cette dernière mais qui licenciera néanmoins la bonne dans le jardin. Mais de plus, la maison abrite un sous-sol, quasi-secret, preuve des invisibles des société actuelles : les ruinés, les chômeurs, les sans domicile fixe, les travailleurs pauvres sans logement ou les cas psychiatriques, ceux que l’on nomme comme n’étant « rien » selon le président français actuel… Et malheureusement, la solidarité entre pauvres n’est pas de mise, comme la convergence des luttes… Mais le point culminant de l’importance de la maison est quand la famille de Ki-taek assiste à l’intimité du couple : les Park ne sont pas crédules ou naïfs, ils sont méprisants, c’est pour cela qu’ils ont pu changer aussi facilement d’employés. Ceux qui travaillent ont un statut quasi-ubérisé, toujours disponibles et malléables. Le travail de l’espace habitat exprime donc l’hypocrisie (comme le système et le pouvoir), le leurre de l’argent (il ne fait pas le bonheur), les complexes de supériorité (Monsieur Park) et d’infériorité (Ki-taek) et la violence (il y aura du sang…). C’est une spirale de nivellement par le bas, des Park ou des semblables de Ki-taek.

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La lutte des classes

Le dernier tiers du film est virtuose et propose une conclusion plus positive qu’on ne le croit. En effet il est envisagé une option d’ascension sociale. Mais il rappelle auparavant, par la bais d’une intervention divine (une pluie provoquant une inondation) que le système sera toujours plus dur avec les plus faibles et les plus démunis du système car ils n’ont justement rien pour assurer leur arrière. Ce que, justement, la famille de Ki-taek a besoin, un plan ou une stratégie pour s’assurer de se protéger des coups durs. Mais est-ce que la société leur permet cela ? À eux ou à d’autres ? C’est la problématique de l’égalité des chances. Et c’est aussi la preuve que les personnes ne sont pas totalement responsables (et donc pas forcément coupables) de leur situation, n’en déplaisent aux éditorialistes d’extrême-droite… Finissons par dire que Parasite est le plus grand succès salles d’une Palme d’Or depuis Pulp Fiction réalisé par Quentin Tarantino, énième évidence qu’une comédie sociale fait logiquement résonance à un conflit social en cours, présent dans de nombreux pays du monde. Pour conclure, Ki-taek représente plus la population en colère dans la rue qu’Arthur Fleck/Joker : en effet, ce père de famille avait fait le pari de la société républicaine et démocratique (accepter le vivre-ensemble, être un travailleur enthousiaste ayant de bons rapports avec son patron) mais il en ressort deux fois (ou doublement…) perdant. « Pour le système, le peuple n’est qu’un parasite de fréquence : il grouille, mais inoffensif. », Akli Khermane.

Popo Kitano

Crédits Photographies : The Jokers / Les Bookmakers

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