Aucune sélection africaine qualifiée pour les huitièmes de finale de la coupe du monde 2018, une première depuis 1982. Aucune sélection africaine a dépassé les quarts de finale d’un mondial, la dernière fois était en 2010 avec le Ghana. Alors, quel est le problème ? Pourquoi cela stagne ? Faudrait-il voir le problème ailleurs que dans le football ?

Il y a eu d’abord Roger Milla, dansant le makossa en 1990. Puis ce fût l’équipe du Nigeria en 1994 ensuite aux Jeux Olympiques de 1996, notamment face au Brésil de Bebeto et enfin en 1998 en sortant premier de leur poule comprenant l’Espagne de Zubizarreta et la Bulgarie de Stoitchkov. Ensuite, ce fût le Sénégal battant en premier match les champions en titre français en 2002 avant d’échouer en quarts de finale face à la Turquie. Enfin, il y eût le Ghana qui a frôlé l’histoire avec le penalty raté d’Asamoah Gyan contre l’Uruguay en 2010. À côté de cela, une Coupe d’Afrique des Nations est organisé tous les deux ans, pendant la saison de football européenne, entre février et mars. Au départ cela tombait les années paires, soit la même année que la coupe d’Europe des nations, ce n’est pas problématique, mais par contre quand cela tombait les années de coupe du monde, les joueurs africains étaient cramés. Ce rythme de coupe continentale était avancé pour une question d’activité économique et de croissance forte dans un laps de temps court, mais le jeu était et est rarement au rendez-vous.

On balance le ballon fort devant, on laisse les joueurs techniques se débrouiller devant tout en leur demandant de la solidarité défensive. C’est cool pour le Sénégal (le meilleur groupe d’attaquants d’un pays africain), horrible pour l’Algérie (le deuxième meilleur groupe d’attaquants d’un pays africain) et mi-figue mi-raisin pour le Nigeria (le pays africain le plus régulier en coupe du monde). De là, un souci de rigueur et de discipline qui font facilement défaut en compétition (l’égalisation nippone contre le Sénégal ou la défaite face à la Colombie…) car les sélections se retrouvent facilement avec des lacunes de postes (trois milieux défensifs pour un seul vrai arrière droit, aucun milieu meneur de ballon mais une pléthore d’ailiers, souci de fiabilité des gardiens…). Les joueurs n’ont malheureusement pas le temps de s’adapter et se retrouvent donc au dépourvu (l’élimination du Sénégal au mondial par rapport aux cartons jaunes).

De la problématique strictement football, voici le vrai problème, à notre sens : le contexte africain. Continent soumis aux nombreux troubles ethniques, politiques et naturels, cela prend le pas sur le football, qui devient politique : c’est émouvant quand Didier Drogba, à l’époque capitaine de la sélection ivoirienne, œuvrant pour la paix et le retour au calme dans son pays, mais quand chaque coupe du monde pose des problèmes de reversement de primes pour les pays africains – les fédérations se servent et expliquent après un souci de budget pour les maillots ou pour payer le sélectionneur – les joueurs n’ont aucune envie d’être les dindons de la farce. Par conséquent, cela va au rapport de force, au clash ou à la grève officieuse. C’est encore pire quand la star de la sélection ne joue pas à la modération, des problèmes d’argent vient des problèmes de cohésion de groupe (Mohamed Salah annonçant déjà sa retraite internationale, l’implosion de l’équipe ghanéenne causée par Kevin-Prince Boateng et Sulley Muntari). Ou sinon c’est un contexte d’actualité brûlant (le drame du Cabinda en 2010 ou la propagation du virus Ebola). Alors la corruption endémique et systémique touchant le continent, se répercute et résonne dans le sport et le summum du pire est atteint quand l’attitude faussement empathique et vraiment condescendante occidentale intervient. De discours simpliste (les médias sportifs européens qui rechignent de plus en plus à envoyer des journalistes et reporters sur place, même lors de compétition, ou ne diffusant pas ces mêmes compétitions) aux maladresses (propos des techniciens Laurent Blanc ou Willy Sagnol).

Décider de faire dorénavant la C.A.N en été, les années impaires, est sûrement le début d’une réforme intéressante. Maintenant, la conserver tous les 2 ans, reste problématique. Il y a toujours l’espoir, l’africain est toujours habitué à l’espoir ou on fait en sorte qu’il le soit toujours dans cette disposition…

Popo Kitano

Crédits photos: DR.

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