Il y a presque un mois, Karim Benzema participait à un événement médiatique en son honneur sur une chaîne française. D’abord invité en plateau, un documentaire fait suite, Le K Benzema. Le temps d’une soirée télévisée, un plaidoyer se construit autour de l’attaquant français le plus efficace dans l’histoire de la ligue des champions. Un plaidoyer pour son retour en équipe de France, après deux ans de non-sélection. De là, un postulat bien connu et une combativité moyenne : tant que Didier Deschamps sera sélectionneur de l’équipe de France de football, Benzema ne se voit pas appelé tout en disant que le terrain sportif parle en sa faveur et bien sûr, il ne prend pas le temps de préciser ses propos issus du magazine de football espagnol Marca (« Deschamps aurait cédé à la pression d’une partie raciste de la population française »). La première chose fondamentale et absolue de cette affaire est que, oui, Benzema a clairement sa place en équipe de France, donc sa non-sélection n’est pas sportive. Alors la proposition de fin d’émission où il serait bien d’envisager une rencontre à huis-clos entre Noël Le Graët, président de la Fédération Française de Football, Karim Benzema et Didier Deschamps parait une solution simple mais non basique. Sauf qui n’en sera rien. Car si le sélectionneur décide de ne plus convoquer Benzema, de ne plus le contacter alors qu’auparavant il y avait une relation de proximité (comme avec Samir Nasri), il en a le droit. Et il a même le droit de ne pas se justifier ni de s’expliquer. Pourquoi ? Son statut de sélectionneur lui permet. Certes, on peut clairement reconnaitre une psychorigidité, qui a été mise à l’œuvre pour Benzema lors de ses 1000 minutes sans marquer en équipe de France ou maintenant pour Giroud voire quelques fois pour Sissoko, mais en aucun cas cela est un défaut suffisant pour discréditer ou décrédibiliser le sélectionneur  ainsi que ses droits et ses acquis.

Alors où est le problème ? Il n’en reste que c’est une affaire sportive qui a été politisé et moralisé. Qui en sont les accusés ? Les politiciens et les journalistes. L’intellectuel noir américain James Baldwin disait : « Humainement, personnellement, la couleur n’existe pas. Politiquement, elle existe. ». En politisant l’affaire Benzema, et quand on dit « affaire Benzema » entend-on sa non-sélection et pas l’affaire judicaire pour laquelle il a été mis en examen, on a pointé du doigt Benzema en tant que beur musulman d’origine maghrébine, alors que le sport n’a pas à prendre en compte ces paramètres. Le beur musulman, celui que l’on peut signifier comme le harceleur de rue, le dealer ou le terroriste dans l’imaginaire populaire français actuel, trouve une résonance en la personne, la figure de Benzema. Pourquoi ? Pour conforter une certaine population ? La rassurer ? Cette même partie de la population qui s’est mise à croire qu’il était dans le bus en Afrique du Sud en 2010 ? Quant aux journalistes, ils en ont fait une question morale, tout en sachant que la France n’est pas un pays du football, ni même un pays de sport mais un pays de footballeurs et de sportifs. Ils en ont fait un devoir moral car ils savent qu’on n’a pas à prendre en compte que Benzema est un beur musulman d’origine maghrébine. Mais ces personnes de médias ont des lecteurs, spectateurs et auditeurs et il faut aussi les conforter et les rassurer, faussement prendre de la distance et expliquer avec déception (feintée ou non) que Benzema n’a plus sa place en équipe de France avec son attitude dans l’affaire de la sextape.

Nous tombons alors dans une seconde indexation : on pointe Karim Benzema du doigt comme figure et personne faisant écho à ces nombreux très riches ou nouveaux riches au comportement capricieux et hautain voire trop permissif, un arrogant un méprisant dans sa bulle ou sa tour d’ivoire, qui ose crier qu’il est victime des mêmes injustices que les gens d’ordinaire (le racisme) alors qu’il habite à l’étranger pour payer moins d’impôts (oups, ce n’est pas le cas de Benzema). Alors, on entend le cri primal, pardon le cri commun, de demande de devoir d’exemplarité. Mais depuis quand  le sport se doit d’être exemplaire ? On le montre surtout méritocratique. De plus, si on regarde les 5 meilleurs footballeurs de l’histoire, 3 étaient ou sont des véritables voyous : Manoel Francisco dos Santos dit Garrincha, George Best et Diego Maradona. Allez expliquer aux habitants du Brésil, d’Angleterre ou d’Argentine, qui sont des pays de football, qu’ils n’ont pas à aimer ses personnes non-exemplaires. Et on peut ajouter les cas Muhammad Ali ou Mike Tyson. Mais au-delà de tout ceci, il y a une deuxième chose fondamentale et absolue, l’équipe de France peut très bien jouer sans Benzema. De l’éclosion de la bonne bouille blonde Griezmann, à l’explosivité de Dembélé, en passant par la maturité de Mbappé ou la mène de jeu de Fékir ou Lemar, les postes en attaque ne sont pas dépourvus.

Pour finir, de la démarche de Didier Deschamps, il n’y a que deux failles : une pléthore de blessures chez les attaquants français ou un mauvais parcours de coupe du monde en 2018. Quant à Benzema, qui réalise qu’il marque moins, que le trio Benzema-Bale-Cristinao n’est plus et que le Real va avoir une saison compliquée, il pourrait s’offrir un dernier défi…

Popo Kitano

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *