https://youtu.be/8FXwOIrRUvE

« Minch », c’est comme « meuf » ou « gonzesse », un terme argotique signifiant la femme. Pour ceci, l’imagination est débordante. De même que les mots dièse, qui en plus d’être à la mode, deviennent des slogans politiques. Depuis l’affaire Weinstein, l’onde de choc n’est toujours pas retombée, toutes les semaines des nouvelles accusations, des nouvelles preuves de lâcheté et des interrogations prenant des allures d’audience judiciaires. De là, il n’est pas sûr que le rap français se fasse écho de ces événements, et pourtant, si. Avec un single buzz sorti il y a 4 jours, dont vous pouvez voir le cilp au-dessus, Chilla, rappeuse sortant son premier album Karma en début de mois, gagne de la visibilité. Musicalement, ce sont les sonorités du moment : de la trap  avec des grosses basses, un flow tantôt rappé, tantôt chanté, mais ce n’est pas vraiment dansant. Vous rappelez-vous la chanson de Diane Tell, Si j’étais un homme, sorti en 1980 ? Cela commence par Moi si j’étais un homme, je serais capitaine, d’un bateau vert et blanc… Et finit par Ah si j’étais un homme, je serais romantique. Avec Chilla…

En effet, en matière de thèmes abordés, l’oppression des femmes est le plus traité. Est-ce étonnant venant d’une rappeuse blanche d’Ile-de-France? Après tous les rappeurs musulmans s’expriment de plus en plus sur l’islamophobie, au-delà que le rap français a beaucoup évoqué, à la limite de l’overdose ou de l’indigestion au choix, « la vie, le quotidien des cités et quartiers populaires ». On peut avoir le sentiment d’une criminalisation de l’homme, en même temps le rap criminalise les policiers ou les politiques. On peut avoir le sentiment que cette oppression des femmes est étatique, systémique et institutionnel d’où la violence des propos de la rappeuse, tant mieux, le rap français ne peut que mieux s’en porter. D’ailleurs, cela ne l’empêche pas d’avoir comme  collaboration sur son l’album la révélation Sofiane (Millionnaire) et elle a effectué auparavant une collaboration avec Lino. Par conséquent, ne vous attendez pas à une chanson d’amour sur l’album, c’est osé, car actuellement, c’est l’offre et la demande du rap : parler d’amour et qu’est-ce qu’ils en parlent mal… Ils parlent donc de sexe ou de faire le coq face à un autre coq pour une donzelle… Ou une

Mais rassurez-vous, l’album ne traite pas seulement de cela, Chilla évite avec brio d’en faire un fonds de commerce. C’était le principal défaut de Diam’s, dont les paroles tournaient trop autour de ses angoisses sentimentales et on sait tous où toutes ses angoisses l’ont mené : à arrêter le rap. Sinon, Chilla arrive, avec authenticité et sincérité de raconter son bout de vie, dans ce qu’il y a de tout à fait normal ou de complètement original (la drogue, les espoirs, le travail d’âne). Vouloir s’imposer dans un monde d’hommes tout en gardant sa féminité, voici la problématique posée du premier album. Donc voilà une artiste qui exprime avec violence, une dénonciation de la violence multiforme, un féminisme original (ou tout simplement une femme s’affirmant) interrogeant notre société sans de cri à l’aide, sans misérabilisme et sans insultes gratuites mais avec une véritable volonté poétique.

Cela installe une discographie, on est clairement dans une attente de consécration, soyez sympa, faîtes le test. Peut-être le début d’un phénomène…

Popo Kitano

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