Il eût lieu hier la finale de coupe Davis, la France contre la Belgique. Ce n’est pas une finale alléchante, ni une affiche de rêve. Pourtant, des finales accrocheuses, l’équipe de France sait faire : d’abord cette finale en 2010 contre la Serbie avec un des demi-dieux dominant le tennis masculin depuis 10 ans, Novak Djokovic, mais l’équipe de France perd. Puis en 2014, c’était contre la Suisse avec un autre demi-dieu, Roger Federer, mais l’équipe de France perd. Quant au troisième demi-dieu , Rafael Nadal, il a gagné la coupe Davis par quatre fois. Et même le prétendant à la semi-déification, Andy Murray, a gagné la coupe Davis avec la Grande-Bretagne en 2015. Par conséquent, quel exploit, quelle valeur, peut-on donner à un trophée gagné après les autres d’autant que cette compétition est une spécialité française (3ème pays historique avec le record de 10 titres, égalité avec la Grande-Bretagne)? Et en face, ce n’était que la Belgique de David Goffin qui, certes, a battu la même semaine dernière Nadal et Federer, mais ne peut gagner un trophée tout seul dans une compétition collective, mais au moins gagner les deux matchs qu’il a dû jouer. Tout ceci donne une certaine résonance à la désignation de Paris pour les jeux olympiques de 2024 : il suffisait d’aller en finale pour gagner… À vaincre sans péril , on triomphe sans gloire…

Dans ce cas, il est peut-être préférable de se plonger dans d’anciennes histoires du tennis, adaptées au cinéma, avec plus de dramaturgie (dans le dernier match de coupe Davis Lucas Pouille bat Steve Darcis qui totalise 4 jeux sur 3 sets)… Avec Borg/McEnroe, c’est l’époque des premières rivalités tennistiques. D’un côté, Bjön Borg en Thor mutique et toqué (le travail de montage et de gros plans exprimant les obsessions et angoisses du joueur suédois) avec un soupçon de revanche social. En effet, Borg vient d’un milieu populaire et se révélait être ingérable en début de formation, ajouté à cela que le tennis a encore cette image de sport bourgeois où le public actuel célèbre l’entre soi (les célébrités qui se font voir à Roland Garros…). De l’autre, John McEnroe en golden boy new-yorkais, singe savant pour ses parents (les deux flash-backs) et grande gueule pour les autres. Un rôle sur mesure pour Shia Labeouf, convaincant en personnage en perpétuelle tension mais terriblement seul. Cela permet d’oublier les happenings ratés de l’acteur de 31 ans. La dernière chose remarquable  est le mélange d’images d’archives et d’images tournées avec les acteurs  lors de la séquence de la finale de Wimbledon de 1980.

Mais la première rivalité du tennis est chez les femmes. Avec Battle of the sexes, on apprend qu’il y avait Margaret « le bras » Smith Court face à Billie Jean King, l’hétérosexuelle bien éduquée face à la lesbienne féministe. On réalise alors que les premiers rebelles du tennis ont été les femmes, car la création de la Women Tennis Association date de cette époque charnière du début des années 70, pour contester l’écart de cachets entre hommes et femmes lors de victoires de Grand Chelem. Dans un montage jouant la proximité des joueuses et la précarité légère de leur condition (elles vendaient les places spectateurs de leur propre match tout en dormant à deux par chambre d’hôtel), il y a un prolongement de l’utopie hippie, où cette fois-ci, c’est le sport qui contribue à la lutte sociale et sociétale. Et bien sûr, le « fuckin’ white male », à la fois représenté par Bobby Riggs joué par Steve Carell avec équilibre entre la bouffonnerie publique et le trouble addictif au jeu de son personnage et par le présentateur misogyne Jack Kramer joué par Bill Pullman, car tous deux sont des hommes blancs de plus de 50 ans hétérosexuels judéo-chrétiens, en prend pour son grade. Une inspiration pour le féminisme actuelle… Sachant que la question des cachets homme-femme lors de tournois de Grand Chelem est encore en discussion, mais  maintenant des joueurs, tels Andy Murray, monte au créneau. Pour revenir à ce fameux match mythique entre Billie Jean King et Bobby Riggs, le duo de réalisateurs propose des plans larges (on peut voir 3-4 échanges dans un même plan) tantôt joués par les acteurs tantôt par leur doublures, mais on ne ressent pas assez d’intensité.

Pour conclure, ce titre de coupe Davis n’est sûrement pas la meilleure vitrine pour le tennis français mais elle peut être une piste de décollage pour Lucas Pouille…

Popo Kitano

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